YAEL NAIM NEW SOUL


YAEL NAIM NEW SOUL

«  C’est un rêve que j’ai failli abandonner en cours de route » dit Yael Naim de son premier album chez Tôt ou Tard. Sans sa rencontre avec le multi instrumentiste David Donatien avec qui elle va s’y consacrer pendant deux ans, et qui l’illuminera de ses talents d’arrangeur et de réalisateur, ce projet serait d’ailleurs resté au placard. Car bien que dotée d’une voix à la pureté troublante, et d’une agilité inouïe à composer, la chanteuse israélienne aux longs cheveux de jais a longtemps tâtonné avant de réussir ce parfait recueil de ballades qui cheminent entre folk et pop, frugalité élégiaque et fantaisie multicolore. Si l’enfantement de ce disque fut long et plutôt douloureux, la naissance de son auteur en tant que personnalité artistique n’en apparaît que plus miraculeuse aujourd’hui, où dans ce domaine tout semble avoir été joué et chanté. Au point qu’avec Yael Naim, une musique simplement belle retrouve comme par enchantement sa grâce perdue.
 
Née en 1978 à Paris, Yael a longtemps vécu à Ramat Hacharon, petite ville non loin de Tel-Aviv. Ses parents d’origines tunisiennes s’y sont installés alors qu’elle avait 4 ans. « Je me souviens qu’il y avait un petit orgue à la maison sur lequel je pianotais sans arrêt. Mon intérêt pour l’instrument était si évident qu’un jour, en rentrant de l’école, j’ai trouvé un vrai piano dans ma chambre. » Vont s’en suivre dix ans de conservatoire et de cours de piano classique. « Après avoir vu le film Amadeus, je n’avais qu’une idée en tête : écrire des symphonies. » Son idylle avec « la grande musique » en révèle vite une autre. « À la maison, mon père passait les vinyles des Beatles et à 12 ans,  j’ai découvert comme ça Sgt Pepper et Abbey Road. C’est alors que j’ai tourné le dos à mes ambitions classiques. » Yael se met à composer des chansons qui, dit-elle, serviront d’abord à surmonter sa timidité... L’adolescence venue, elle se découvre une voix et tend vers toujours plus de limpidité vocale en écoutant Aretha Franklin. Vers 18 ans, une même émulation la pousse à se saisir d’une guitare et oser verser plus d’elle-même dans ses textes après être tombé sur un disque de Joni Mitchell. Jamais la musique ne la quitte. Jamais sa curiosité ne s’épuise. Dans un club de Jazz de Tel-Aviv, elle rencontre les musiciens de Winston Marsalis et donne quelques concerts avec eux. Même retenue pendant deux ans en sa qualité d’artiste par l’armée pour cause de service militaire (obligatoire pour les femmes en Israël), elle s’arrange pour former un groupe, The Anti Collision, qui se produit dans les clubs à travers le pays. « Au bout de toutes ces années, tout ça faisait un peu bordel en moi : ma formation classique, mon goût pour la pop, le jazz, le folk. J’ignorais comment j’allais canaliser ce flot, mais je savais que je voulais en faire des chansons. »
 
C’est l’invitation à un concert caritatif qui la ramène à Paris en 2000 et que les évènements s’emballent. Dans la salle des producteurs la remarquent. Quatre jours plus tard elle signe un contrat avec EMI et un album entre en chantier. Son nom circule si bien que le réalisateur Elie Chouraqui l’engage pour jouer Myriam (sœur de Moïse) dans la comédie musicale Les Dix Commandement et puis la sollicite pour la bande originale de son film Harrison’s Flower..."J’ai hésité, pourtant je ne regrette pas d’avoir accepté car ce fut assez génial à vivre pendant 2 ans et demi" . Son premier album, In A Man’s Womb, enregistré entre Paris et Los Angeles, sort finalement en 2001. C’est un échec et pour elle : « une grosse déception parce que j’avais tout quitté pour ça. J’ai soudain perdu beaucoup de confiance en moi, ce qui a conduit à une nécessaire remise en question. » S’ouvre alors pour la jeune femme à la voix d’or une période plutôt plombée entre la désillusion de ce premier disque, la fin d’une histoire d’amour, et une carrière qui s’éparpille de projets alimentaires (une autre comédie musicale, Gladiateurs) en collaborations plus pointues (l’album de Ready Made Fc).
 
Vient ensuite (en 2004), la rencontre avec David Donatien alors qu’ils accompagnent sur scène une amie commune. Percussionniste d’origine antillaise, David a multiplié pendant 15 ans les contributions les plus variées, de Bernard Lavilliers au musicien electro Junior Jack, de Wassis Diop a Malia. Mobile avec les genres, il l’est aussi avec les instruments, passant des percussions traditionnelles aux outils électroniques. David ne s’est surtout jamais arrêté à sa seule vocation rythmique, s’impliquant dans chaque projet avec une dimension d’arrangeur. Ses compétences et son imagination vont littéralement faire fleurir l’univers musical de Yael, donnant une direction à sa musique et une esthétique à ses chansons. C’est également lui qui encouragera Yael à défendre ses chansons en hébreu, ce qu’elle s’interdisait jusqu’à présent. Leur complicité et leur complémentarité sont telles qu’ils préfèrent se présenter désormais comme un groupe.
 
À l’origine cet album devait strictement s’appuyer sur la guitare et la voix.Au fur et à mesure de son avancement, Yael et David étoffent l’architecture sonore et forment une équipe. Xavier Tribolet (batterie), Laurent David (basse), Voed Nir (violoncelle) et Julien Feltin (guitare electric) les rejoignent ainsi que S.Husky Huskolds pour le mixage (Tom Waits, Fiona Apple, Me’Shell Ndegeocello). L’instrumentation y est minimaliste et pourtant très colorée avec l’apport de cuivres, du mellotron, du violoncelle et de quelques programmations. Enregistrées dans l’appartement parisien de la jeune femme,  ces 13 chansons contiennent une part du vécu de Yael, heureux (Endless Song of Happiness) ou mélancolique (Paris, Lonely). Certaines comme Yashanti ou Lachlom plongent dans le rêve, d’autres tel Baboker s’abreuve dans la sérénité retrouvée au point du jour. Shelcha fait le constat d’un amour sans avenir. La plus gonflée étant évidemment la reprise de Toxic de Britney Spears . L’écoute de ces petites merveilles pourra éventuellement réveiller en nous le souvenir de veilles connaissances comme Tori Amos ou Fiona Apple. Pourtant l’ensemble ne témoigne d’aucun abus d’emprunt ni d’un marquage sonore exagéré, mais révèle au contraire une sincérité et une limpidité musicale absolues. En les découvrant, on s’étonne même que ces chansons puissent nous sembler aussi familières et pourtant naître pour la première fois dans notre oreille avec une beauté si nue et inédite. Est ce en raison de la dominance de l’hébreu, langue rarement chantée dans un tel contexte  mais se révélant pas moins universelle que le portugais créole de Cesaria Evora ? Ou cette fraîcheur est-elle plus simplement exhalée par la personnalité de la jeune femme qui dans New Soul, mais en anglais et avec un optimisme des plus contagieux, découvre qu’elle est « une nouvelle âme, venue dans ce monde étrange, en espérant apprendre un peu. » ? « C’est qu’étant plus jeune je croyais sincèrement être une vieille âme réincarnée et l’on peut dire que j’en tirais même une certaine supériorité sur les autres. Mais comme par la suite j’ai tout fait à l’envers, j’ai dû conclure que c’était là sans doute mon premier passage sur terre et que je devais me montrer plus humble. » Sur Far Far, elle nous livre d’elle-même cette autre perspective, celle d’une petite fille qui court après ses rêves mais ne peut les réaliser qu’en acceptant son « joli bordel intérieur » ( « beautiful mess inside »). Toute son histoire en somme et celle de ce disque tout simplement magique.
 
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attitude

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