Giovanni Mirabassi, jazzman engagé


Giovanni Mirabassi, jazzman engagé

En 2011, retour vers le futur. C’est encore au Saint-Jean qu’on le retrouve tel qu’en lui-même, à l’heure où il publie la suite d’ « Avanti ! » qu’il a intitulée non sans une douce pointe d’ironie « Adelante ». « J’ai choisi ce titre pour faire un pied de nez aux Japonais sans scrupules qui ont acheté le catalogue où figure « Avanti ! », sur lequel je n’ai plus aucun droit. J’ai été dépossédé de mon œuvre au nom de la liberté d’entreprendre. » Onze ans plus tard, l’Italien au regard de braise demeure plus que jamais engagé, parce qu’il ne s’est jamais senti dégagé de la chose politique, « une matière noble qui consiste à créer les conditions du vivre ensemble ». Aujourd’hui plus qu’hier, il regrette que trop de ses confrères s’éloignent du droit de regard que doit avoir un artiste sur la vie de la cité. Giovani Mirabassi est fier de débattre, de combattre pour des idées. « L’artiste doit retrouver sa place, un rôle dialectique de contre-pouvoir qui permet d’élever les consciences. » Fidèle à ces principes fondateurs, il est donc parti enregistré chez Fidel, dans les studios Abdala de Cuba. Le Premier mai à Cuba, le symbole fait sens. « Cet album est dédié à la révolution. Parce qu’on nous fait croire que cette idée est enterrée, alors qu’elle n’a jamais été autant d’actualité. » Plutôt à gauche toute pour ce pianiste pas franchement maladroit, pas non plus dupe sur Castro, mais encore moins sur les conséquences liées à l’embargo qui « plombe toute possibilité d’ouverture démocratique depuis des lustres ».

 

« En avant », donc, pour paraphraser le titre de ce nouvel album essentiellement en solo, un format où excelle cet esthète du « canto piano ». Il convie juste un trio formé dans les rangs d’Irakere sur « Yo Me Quedo » de l’icône Pablo Milanès, et la chanteuse Angela Elvira Perez, mère de son actuel batteur Lukmil, pour une version plus éclatée de « Hasta Siempre », l’hymne de tout un peuple qui était déjà présent en 2000. « J’ai fait ce disque dans un esprit sans doute moins pacifiste, plus militant, qu’« Avanti ». L’approche reste la même, mais la nécessité se fait plus urgente. Il faut prendre parti. » Giovani Mirabassi s’engage corps et âme sur les 88 touches en ivoire et ébène, une belle gamme dans les chromatismes et une ferveur rythmique, qui soulignent l’éclat mélodique d’un répertoire plus centré sur les chansons en espagnol. « Mon propos était de reprendre les mélodies comme elles sont, de me fier à leur sentiment d’urgence, de confiance et de liberté intrinsèque. » De telles qualités s’appliquent à celles qui ont habité le continent sud-américain comme « Gracias A La Vida » de Mercedes Sosa, mais aussi à ces refrains qui saluent le souvenir tenace de la guerre d’Espagne.

 

L’Italien devenu Parisien n’en oublie pas de convoquer quelques airs de la douce France, « Le chant des canuts »,  « un slogan qui redonne toute sa force au concept de lutte ouvrière » et quelques versions françaises, dépouillées de leurs mots : « Graine d’ananar », « L’Affiche rouge », Léo Ferré et Aragon, deux signatures qui ne sont pas résignées. Pas question pour autant pour le pianiste de se la jouer « marketing à la Renaud », pas envie non plus d’étaler son CV d’homme engagé sur le terrain de la réalité, dans la société civile. « J’applique les propositions d’alternative économique à mon travail, en essayant de faire du show-business responsable dans un soucis d’autonomie artistique et de partage équitable. Après tout, on commence toujours par soi-même. Mais je ne vais pas commencer à m’habiller en Che Guevara. Je veux que la musique parle d’elle-même. C’est comme ça que tu vises au cœur, sans faire de la politique à la petite semaine. Défendre une idée, ce n’est pas défendre une chapelle. » Et dieu sait que tous ces chansons en disent long. « La musique contestatrice est toujours très évocatrice. Elle affirme un cri de liberté qui fédère tous ceux qui l’écoutent. L’intention de ce disque, c’est remettre au centre des enjeux ce pour quoi personnellement je milite et œuvre. C’est aussi honorer ceux qui sont allés au charbon pour bâtir un monde meilleur, qu’on essaie aujourd’hui de réduire à néant. »

 

www.discograph.com

 nouvel album Adelante, le 13 octobre

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attitude

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