Dick Annegarn se chauffe au Soleil du Soir


Dick Annegarn se chauffe au Soleil du Soir

Dick Annegarn
« Soleil du soir »
sortie le 3 novembre 2008 / Tôt ou Tard
 
 
Des années 70 qui ont vu ses débuts, Benedictus Albertus Annegarn, dit Dick, réinvente le meilleur : les musiques qui font l’amour pas la guerre, les mots-sésames, les frontières ouvertes aux esprits assortis. C’est tout lui - voix nomade, éclusier européen, citoyen libertaire du monde. Pendant que les enfants d’hier apprennent aux enfants de demain Ubu et Bébé éléphant, lui poursuit ses voyages de port gascon en oasis marocaine, balisant son parcours de chansons magiciennes. Sorcier, sourcier. On ne s’en est pas aperçu : il est devenu une référence d’exigence pour beaucoup des meilleurs chanteurs français. Et qui plus est guitariste impressionnant
 
 
 Le titre, Soleil du Soir, évoque le dernier éclat avant la fin. Dick Annegarn le confesse volontiers : avant d’enregistrer ce 18e album, il se croyait fini, kaput, en lisière de crépuscule. Qu’il ait pu mener une carrière parmi les plus longues (35 ans), les plus intègres  et les plus originales qui soient, aurait pu ralentir ce processus. Mais l’interrompre ? Pourtant, à son propre étonnement, et pour notre plus grand plaisir, c’est au contraire l’impression d’une renaissance que dégagent les onze nouvelles chansons de Soleil du Soir. Dick n’a fondamentalement rien changé à sa façon d’être ou de créer. Non, la  différence tient à une simple rencontre. Dans le guitariste Freddy Koella il a trouvé le compagnon de route idéal. A ses côtés, le travail est redevenu une joie et la contrainte du temps une rampe d’inspiration. Principale conséquence de cette complicité : un retour au folk blues de ses débuts qui ravive les couleurs mélodiques des chansons et accroît le  sentiment d’être mis dans la confidence de leurs thèmes. Soleil du Soir  impose ainsi une image de Dick Annegarn dont le caractère un peu héroïque ne déplairait pas à l’intéressé: celle d’un maquisard qui retrouve la franche lumière après un long cycle d’offensives menées en clair obscur, avec parfois des résultats en demi-teintes. Fourbu, couvert de cicatrices, il affiche un sourire vainqueur, de ceux qui s’ébauchent au moment de signer un armistice avec soi-même.
 
Dans Boulevard du Crépuscule de Billy Wilder, il y a ce savoureux passage où William Holden lance à une star oubliée des studios d’Hollywood qu’interprète Gloria Swanson, un « Vous étiez si grande ! » un peu mufle. Méchanceté à laquelle, l’actrice répond du tac au tac par une réplique restée célèbre : « Je suis toujours grande mon cher, ce sont les films qui sont devenus  petits. »  Dick Annegarn, lui, n’a jamais caché combien il se sentait à l’étroit dans le monde de l’industrie du divertissement, et ce dès ses fracassants débuts au milieu des années 70. Trop généreux, trop vrai et bien trop écorché pour mener une carrière de fonctionnaire du star system que lui promettaient pourtant les succès de Bébé Eléphant, Bruxelles ou Ubu, devenus des classiques depuis, il décida un jour de couper les ponts avec le show business de la manière la plus théâtrale qui soit. En 1978, il donne en banlieue parisienne deux concerts, « De ce spectacle ici sur terre », qui actent de son abandon de la « compétition », comme il dit.  S’étant volontairement exclu du métier, ayant tourné le dos au confort matériel que lui assure sa pratique institutionnalisée, Dick entame une nouvelle vie dans laquelle s’invitent des projets associatifs et des albums enregistrés avec les moyens du bord, qui restent relativement flottants et incertains, à l’image de cette péniche à coque avariée, la Gueuse, sur laquelle il emménage. De cette séquence tâtonnante et expérimentale sortiront entre 1985 et 1990 les trois albums du label Nocturnes, Frères ? Ullegarra, Chansons Fleuves, judicieusement réédités en coffret par Tôt ou Tard cette année.  Car, trait essentiel chez lui, Dick ne s’est jamais reposé sur le moindre acquis. Il s’est sans cesse projeté vers l’avant et dans le mouvement, s’épargnant ainsi la sclérose et la caricature qui rattrapèrent nombre de chanteurs de sa génération ; mais se privant aussi dans l’affaire d’une relative quiétude. Ces chansons reflètent ce parti pris. Si certaines comme Quelle Belle Vallée communiquent la joie franche et bon enfant qui le caractérise dans ses meilleurs jours, d’autres appartiennent à un registre qui échappe à la production traditionnelle de denrées divertissantes. A la question, un peu grave, « Où sommes-nous à notre place  dans la réalité peu fiable de ce monde chaotique? », Dick Annegarn n’a jamais cessé  d’imaginer  de nouvelles réponses. Elles alimentent ses œuvres les plus ambitieuses, le mèneront sur les traces du roi sumérien Gilgamesh ou à la découverte de gammes et de rythmes orientaux qui ont su rénover en partie son langage musical.  On en retrouvera ainsi le reflet sur le Soldat du nouvel album. Il reconnaît toutefois que la quête reste sans fin : « J’apprends encore aujourd’hui à faire des chansons et je n’ai toujours pas trouvé de solution idéale. »
 
A-t-il au moins trouvé une place où se fixer, lui le Hollandais nomade qui tour à tour a vécu à Bruxelles, Paris, sur les bords de Marne, à Lille, qui partage aujourd’hui son temps entre un petit village du sud ouest de la France et un bled perdu du sud marocain ? Apatride, a-t-il au moins trouvé une famille? Sans apporter de réponses claires à cette question, Soleil du Soir laisse présumer d’une sérénité chèrement acquise, d’un recul sur les choses qui rend son écoute limpide et agréable. L’implication de Vincent Frèrebeau du label Tôt ou Tard, producteur des cinq derniers disques de Dick, ainsi que du « tribute album » Le Grand Dîner – sur lequel figuraient, entre autres, Christophe et Alain Bashung - n’est pas étrangère à la réussite du projet. « Périodiquement, Vincent m’incite à l’écriture. Là, il m’a poussé à reprendre ma guitare. Moi je m’ennuie à la guitare quand je joue tout seul. Pourtant quand il m’a dit «  je vais te faire travailler avec un guitariste », je me suis d’abord  senti vexé. Et puis j’ai rencontré Freddy Koella, un alsacien émigré en Californie qui a accompagné Bob Dylan et Willie Deville, et ce fut une joie terrible de jouer avec lui. La magie de cet album vient de cette  rencontre entre deux guitaristes. »
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